Jacques Tati et les nanoparticules

Posted on 13/11/2014 par

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Tel un témoin amusé d’une société qui se veut moderne, Jacques Tati et son célèbre film « Mon oncle » interrogeait déjà à son époque l’utilité du tout automatisé. On était déjà en droit de se poser la question suivante : pratique ou futile ?

De la fiction aux nouveaux risques contemporains

L’imaginaire commun de la « maison intelligente » connait certainement ses prémices à travers les films de science-fiction des années 1950, nous laissant entrer dans l’ère de la synchronisation automatique des systèmes. L’exercice cinématographique s’inscrivait alors et s’inscrit toujours dans une forme de prospectivisme, c’est-à-dire de vision future pour notre mode de vie consumériste. Imaginée pour nous faciliter la vie, l’automatisation ne représente à première vue rien de grave, elle est même génératrice de nouveaux fantasmes.

La domotique imaginée en 1958 dans le film « Mon Oncle », de Jacques Tati 

Plus qu’une forme d’ironie ou même d’utopie, la révolution du pilotage automatique et de l’habitat communicant sont entrés en marche. Tout devient contrôlé et/ou contrôlable, l’habitat pouvant ainsi également prendre soin de la santé des occupants. Le contrôle de l’hygrométrie ou de la température de l’air en sont des exemples devenus aujourd’hui très courants. Plus fort encore, depuis quelque temps chacun peut équiper son salon en appareils de santé professionnel. C’est comme avoir un hôpital particulier chez soi. Mais si la domotique améliore certainement d’un point de vue pratique le confort de ses occupants, l’habitat protège-t-il réellement la santé des habitants ?

Le palier du « trop d’assistance »

Le phénomène est d’ampleur et l’on essaye de plus en plus à vouloir absolument tout automatiser. Dorénavant, les bétons sont dépolluants et résilients aux ondes UV et infrarouges, les revêtements de sol et baies vitrées sont autonettoyants et les peintures antibactériennes… Autant de prouesses rendues possibles grâce à l’incorporation de nanoparticules dans les matériaux. On a assiste alors à l’avènement de matériaux dits nanocomposites (voir ici pour les curieux).

Les nanoparticules sont porteuses autant de promesses scientifiques que de grands espoirs économiques. Leurs capacités sont prodigieuses, autant pour la technique que pour l’humain. Elles complètent ainsi parfaitement les premiers essais de domotique appliquée à l’habitat dans les années 1960. Mais ne franchit-on pas le palier du « trop d’assistance » ?

Si le portail de garage automatique présentait déjà un intérêt pratique dès les années 1950-1960, le revêtement de mur antibactérien dans l’habitat présente-t-il un intérêt particulier hors du champ hospitalier ? Et les risques encourus sont-ils à la hauteur de l’initiative ?

Le souvenir de crises sanitaires, liées à l’amiante notamment, génère des inquiétudes, et les informations sanitaires concernant le nanomonde sont encore très parcellaires et incomplètes. La taille des nanoparticules notamment – bien inférieure à celle des cellules humaines – n’est pas faite pour nous rassurer. Les nanomatériaux pourraient ainsi pénétrer dans le corps par voie respiratoire ou par ingestion, et compte tenu de leur taille, traverseraient les barrières biologiques nasale, bronchique, alvéolaire, intestinale et placentaire.

Nanoparticules dextrane-PACA. Crédits : INSERM

Un cadavre exquis : Jacques Tati, prospective architecturale et nanoparticules

L’exercice d’un cadavre exquis littéraire était risqué : créer du lien pour que des sujets qui se trouvent a priori totalement déconnectés les uns des autres finissent par créer du sens à être croisés ensemble. Des liens inextricables existent donc entre le réalisateur Jacques Tati, la prospective au sens de l’élaboration de scenarii futurs possibles (ou impossibles), et les nanoparticules, particules ultrafines de diamètre nominal inférieur à 100 nanomètres environ.

Et le lien entre ces trois thèmes se hasarde à illustrer que le monde moderne facilite notre quotidien, que les progrès en ce sens s’accroissent, mais que rien ne justifie que le développement de l’innovation se fasse au détriment de la santé. Tout l’enjeu de la prospective est alors non pas de freiner l’innovation mais de pousser en sa faveur, à la condition d’anticiper les incertitudes et les présomptions sanitaires qui peuvent parfois exister.

Cadavre exquis : Jacques Tati, prospective et nanoparticules Crédits illustrations :
1/ Mon Oncle, Jacques Tati, affiche du film, 1958 2/ Dessin prospective urbaine, via http://transit-city.blogspot.fr/ 3/ Nanoparticules, INSERM

Article écrit par : Simon Guesdon, Diplômé en sciences humaines et sociales et spécialisé dans les problématiques de santé à l’échelle du bâtiment et de l’urbain

En partenariat avec : Urbanews

 

 

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Posted in: ATMOSPHERE, OBSCÈNE