Hypers radicaux : les plaisirs de la forme

Posted on 09/07/2013 par

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Deux genres architecturaux se distinguent dans la jeune production européenne. L’une est héritée du supermodernisme1 hollandais mené par Rem Koolhaas, l’autre révise les classiques pour revenir à l’essentiel. Toutes les deux sont blanches.

La première attitude pourrait être qualifiée d’hypermoderne, poussant encore plus loin l’hystérie, la rapidité, l’internationalisme et l’hyperconnection de la vie contemporaine. La tête de file du mouvement en serait Bjarke Ingels et son groupe talonné par Julien de Smedt, Cobe, Nord et quelques autres agences majoritairement danoises.

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Barjke Ingels Group, Pavillon Danois, exposition universelle de Shanghai, 2010

L’autre travail tend à un radicalisme de l’acte architectural et de son dessin. A la recherche de pureté et de spiritualité, cette tendance serait menée par Kersten Geers and David Van Severen au sein de leur bureau Office. Même si la mouvance serait d’origine Belge, de nombreux français ont un style proche comme Thomas Raynaud, NP2F, La ville rayée, peut-être Eric Lapierre. Pourraient également y être apparentés, les Grecques de Point Supreme ou des Suisses comme Pascal Flammer.

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Office Kersten Geers David Van Severen, montage amateur de divers projets

Les deux genres sont des héritiers du modernisme, les hypers ont retenu les plus hédonistes (Koolhaas, Renaudie, Balladur, etc…) les radicaux les plus classiques Seijima, Kahn ou Perret. Les deux démarches se fondent sur des références communes : les radicaux italiens – Superstudio et Archizoom – et une attention particulières à des architectures vernaculaires.

Les hypers scrutent et arpentent les métropoles du monde entier. Ils se passionnent pour les programmes, le mouvement, l’action. Des radicaux italiens, ils ont retenu les surfaces d’usages infinies. Ils croisent le contexte urbain et climatique avec les programmes pour produire des potentialités événementielles. Ils intègrent les donnés avec pragmatisme. En disant Yes ! à tous les imprévus, ils cherchent, par delà la morale, à se jouer de tout et prônent la créativité pour arriver à leurs fins. Leurs projets, même si ils sont élaborés de l’intérieur par la réorganisation du programme, expriment leurs formes à l’extérieur. Leur outil de conception préféré est la mousse bleu d’isolation qu’ils sculptent en équipes jusqu’à trouver une forme adéquate inédite.

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Photo amateur, atelier de maquette de BIG

Les radicaux interrogent les vieilles pierres, les villages, les appareillages de briques. Ils se délectent d’espace, d’ambiances, de stimmung2. Ils décomposent les programmes en pièces géométriques qu’ils assemblent comme des objets presque parfaits. Ils cherchent, en suivant les idées radicales italiennes, une annulation de l’expression de l’architecture. Puisant leurs forces dans les fondamentaux de l’histoire de l’architecture, leurs conceptions tendent à l’autonomie. Elles semblent s’abstraire des contraintes de la production, du coût, du climat, du client. Si elles définissent des formes, souvent élémentaires à l’extérieur, c’est pour mieux travailler l’architecture intérieure. Pour exprimer leurs projets, les radicaux pratiquent le collage, comme les italiens, en jouant du contraste entre une réalité photographique et une abstraction blanche. Les quelques traits noirs dessinant leur architecture immaculée génèrent des formes pures mettant en tension l’espace.

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Photo copiée du site internet de Office KGDVS

Ces deux genres architecturaux, aux formes franches et identifiables comme des logos, semblent jouer le populaire contre le savant ; Dionysos contre Apollon ; les plaisirs simples, directs et puissants contre les délices spirituels, abstraits et exigeants. Là où les hypers accentuent l’hystérie moderne et suivent les formes du mouvement, les radicaux se dressent avec la puissance de la géométrie. Quand les radicaux dessinent des temples ou des mausolées, les hypers conçoivent des palais.

L’architecture du moment pourrait-elle être plus savante que celle des hypers et plus intégrée que celle des radicaux ? Elle dissiperait des formes plus ambiguës et moins exubérantes, voluptueuses en apparence avec en leur coeur la force d’une architecture essentielle.

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1. Hans Ibelings, Supermodernisme, L’architecture à l’ère de la globalisation, Nai Publishers, Rotterdam 2003, Editions Hazan, Paris, 2003
2. Terme allemand traduisible par atmosphère mais qui englobe une relation sujet/objet passant par les émotions et les sentiments. Notion amplement développée par Martin Steinmann.

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